Cette étude s’intéresse aux manifestations culturelles haïtiennes et caribéennes qui ont pris forme durant la décennie 1960 à Montréal. S’appuyant sur une approche d’histoire sociale de l’art, elle se penche sur les interactions des différentes scènes artistiques de l’époque et les contextes sociopolitiques qui les définissent. Au cours de cette période, de multiples ressortissants de la Caraïbe anglophone et d’Haïti choisissent d’habiter Montréal. Dans le contexte de l’effervescence idéologique et culturelle des années 1960, cette forte présence caribéenne a influencé les communautés noires locales, quant à la production artistique et la création d’espaces culturels. Les artistes haïtiens qui fuient alors la répression des Duvalier en Haïti arrivent à Montréal en pleine Révolution tranquille et naviguent entre les scènes culturelles parallèles du nationalisme québécois et du militantisme noir local. Les créateurs haïtiens, grâce à leurs appartenances linguistiques et ethniques, ont composé avec les limites et ouvertures de ces deux groupes. L’article explore les politiques culturelles dominantes de l’époque, les espaces de possibilité comme le Perchoir d’Haïti, le Pavillon d’Haïti à l’Expo 67 en tant que site d’échange transnational, et s’interroge la place des arts au Congress of Black Writers de 1968. En somme, cette recherche vise à comprendre comment ces espaces, ces trajectoires et ces conjonctures ont contribué à l’épanouissement d’une scène artistique caribéenne à Montréal, dont les ramifications se font particulièrement sentir dans les années 1970.
Kessie Theliar-Charles (Wed,) studied this question.