Les discours de haine en ligne atterrissent avec une régularité métronomique sur le bureau des juges de la Cour européenne des droits de l’homme. Comment les juges strasbourgeois en appréhendent-ils les singularités ? Par le biais d’une analyse de la jurisprudence européenne depuis la décision Delfi AS, nous verrons que les juges européens ne connaissent le discours de haine dématérialisé qu’avec beaucoup de difficultés, en raison notamment des particularités inhérentes à ces propos, souvent très courts, sans ton et pour certains anonymes — rendant d’autant plus épineuse la question de l’éventuelle sanction. Nous approfondirons les raisons qui ont poussé la Cour, en sus de l’application des principes généraux en matière de liberté d’expression, à utiliser un faisceau d’indices commandant une appréciation in concreto des discours dématérialisés. Nous apprécierons tout le pragmatisme dont la Cour fait montre dans son analyse des sanctions prononcées par les juridictions nationales, en particulier la désindexation des écrits incriminés. Car comment sanctionner efficacement de tels propos en ménageant la liberté d’expression virtuelle et le maintien de l’ordre public ? Les portails d’actualité sur Internet assument la responsabilité lorsque les internautes diffusent un discours de haine ou des propos incitant directement à la violence. Mais est-ce suffisant ? Et quid des victimes ? La Cour rappelle à ce propos qu’il faut en principe conserver la possibilité pour les personnes lésées d’engager une action en responsabilité de nature à constituer un recours effectif contre les violations des droits de la personnalité — avec toutes les difficultés que pose l’établissement d’une sanction à l’encontre d’inconnus. Abstract Online hate speech lands with metronomic regularity on the desks of the judges of the European Court of Human Rights. How do the Strasbourg judges grasp its specific features? Through an analysis of the Court’s case law since the Delfi AS judgment, we will show that the European judges encounter significant difficulties in addressing dematerialized hate speech, due in particular to the characteristics inherent in such statements—often very short, devoid of tone, and sometimes anonymous—making the question of possible sanctions all the more complex. We will examine the reasons that led the Court, in addition to applying general principles governing freedom of expression, to rely on a set of indicators requiring an in concreto assessment of online speech. We will then highlight the pragmatism demonstrated by the Court in its review of sanctions imposed by national courts, particularly the de-indexing of the impugned content. For how can such statements be effectively sanctioned while preserving online freedom of expression and maintaining public order? Online news portals assume responsibility when users disseminate hate speech or statements directly inciting violence. But is this sufficient? And what about the victims? In this regard, the Court emphasizes that, in principle, individuals who have suffered harm must retain the possibility of bringing liability actions capable of constituting an effective remedy against violations of personality rights—despite all the difficulties involved in establishing sanctions against unidentified individuals. Keywords: European Court of Human Rights; case law; freedom of expression; hate speech; internet; performative approach
Emmanuelle BORNET (Thu,) studied this question.