Cette étude porte sur des contes originellement publiés dans la presse de la fin de siècle et dont l'intrigue est bâtie autour d'un assassinat exposé sur un mode ludique et sans visée moralisatrice. Les principaux textes étudiés sont de Maupassant, Villiers de l'Isle-Adam, Mirbeau, Mendès, Bloy, Schwob et Richepin, même si le présent article dégage un lien avec une tradition littéraire britannique initiée par Thomas de Quincey avec son texte célèbre sur l'assassinat comme œuvre d'art. La question principale porte sur la façon dont le format fictionnel court du conte se prête adéquatement à la production d'un discours humoristique axé sur l'ambiguïté du sens donné au drame. Il s'agit de voir comment se produit le détournement humoristique des valeurs en ligne droite avec la coïncidence assumée du beau et du monstrueusement immoral. Et nous montrons en quoi l'expression désengagée, ludique et détaillée d'une cruauté à l'œuvre dans le mode opératoire de l'assassin offre à la fiction la caution d'un manifeste esthétique. Derrière le jeu de distanciation avec le pathos, la cruauté de l'homicide ouvre un espace ambigu du jugement, puisque la condamnation n'existe pas, tout en se réservant le droit à un projet édifiant. Le tabou suprême de l'homicide devient le dicible par excellence parce qu'il est le portail d'accès au beau. L'ancrage en porte-à-faux du récit criminel dans le champ esthétique est exploré ici formellement à travers de multiples exemples de fiction comme autant de recettes fantasmées visant à positionner le discours littéraire au cœur de l'inacceptable.
Jean-François Fournier (Thu,) studied this question.