La réponse interféron (IFN) constitue un pilier central de la défense antivirale, mais sa régulation spatio-temporelle au niveau unicellulaire reste mal comprise. Les virus respiratoires tels que le métapneumovirus humain (hMPV) et le virus de la rougeole (MeV) illustrent bien ce défi : tous deux dépendent de l'évasion des réponses IFN pour se propager, tandis qu'un sous-ensemble seulement de cellules épithéliales infectées ou exposées initie la production d'IFN. Cette hétérogénéité - provenant du caractère stochastique de l'infection et de la variabilité de l'induction des IFN et des gènes stimulés par les interférons (ISG) - reste mal caractérisée, en grande partie faute d'outils permettant de suivre en temps réel l'activation dynamique. Ici, nous avons développé et validé l'« ISG-timer », un rapporteur d'imagerie en temps réel conçu pour analyser la dynamique des IFN de type I et III au niveau unicellulaire. Il associe deux protéines fluorescentes de demi-vies différentes, exprimées sous le contrôle d'un promoteur d'ISG, permettant la détection simultanée des cellules « répondeuses actives » (transcrivant actuellement des ISG) et des « répondeuses passées » (précédemment activées mais désormais silencieuses). En dépassant les limites des rapporteurs transitoires, l'ISG-timer permet un suivi rétrospectif des réponses ISG dans le temps et l'espace. L'utilisation de l'ISG-timer dans des modèles d'épithélium des voies respiratoires en interface air-liquide (ALI) nous a permis de définir certains paramètres cinétiques de la réponse IFN. Contrairement aux études précédentes, la stimulation par IFN-β n'a pas conduit à des réponses « digitales » mais à une activation homogène et progressive de l'ensemble de la population cellulaire. Concernant les infections par hMPV et MeV, l'ISG-timer a révélé des signatures IFN distinctes et spécifiques à chaque virus. Alors que l'hMPV induisait une réponse IFN rapide et puissante, le MeV entraînait une activation retardée des ISG, associée à ses effets cytopathiques et à des dommages mitochondriaux. Dans les deux cas, l'issue de la réplication virale était déterminée par le moment et l'intensité de l'induction des ISG. Ces données expérimentales seront essentielles pour construire une modélisation mathématique mécanistique visant à reconstituer les étapes clés de la voie IFN, de la détection virale et la sécrétion d'IFN jusqu'à l'amplification paracrine et l'induction des ISG. Une fois calibré avec les données de l'ISG-timer, ce modèle devrait capturer la variabilité à l'échelle unicellulaire et populationnelle, et fournir des informations sur la manière dont quelques cellules sentinelles peuvent protéger des domaines épithéliaux via la diffusion d'IFN, et comment les mécanismes de rétroaction contribuent probablement à la résolution de la réponse. En conclusion, l'ISG-timer fournit une plateforme universelle pour observer la dynamique transcriptionnelle dans des cellules vivantes. Ses applications futures pourraient dépasser la biologie des interférons. Il ouvre des perspectives pour l'étude des interactions hôte-pathogène dans des cocultures épithéliales-immunitaires, le criblage d'antiviraux et des stratégies personnalisées pour les patients présentant des réponses IFN dysrégulées. Plus généralement, il permet de disséquer la régulation transcriptionnelle spatio-temporelle dans tout processus où la dynamique unicellulaire détermine les résultats au niveau de la population.
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Matteo Agostini
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Matteo Agostini (Mon,) studied this question.