La prédation exercée par des espèces exotiques représente l’un des principaux impacts écologiques des invasions biologiques, pouvant entraîner l'extinction d’espèces natives et modifier profondément la biodiversité et le fonctionnement des écosystèmes. En France, l’introduction récente de plathelminthes terrestres, reconnus comme des super-prédateurs, représente une menace pour les espèces natives de macrofaune du sol. Parmi eux, Obama nungara (Platyhelminthes, Geoplanidae), est aujourd’hui présent dans 72 départements français où il a été principalement signalé via les sciences participatives dans des sites anthropisés (jardins, jardineries). Cette espèce se nourrit de différents invertébrés du sol à corps mou, et notamment de vers de terre, considérés comme des ingénieurs de l’écosystème en raison de leur capacité à transformer le sol. Ce travail vise à comprendre l’impact de l’introduction de ce prédateur sur le fonctionnement de l’écosystème du sol.Les objectifs de la thèse sont donc : (i) d’évaluer les facteurs favorisant l’abondance d’O. nungara, notamment les caractéristiques du milieu, les conditions climatiques et les caractéristiques intrinsèques à l’espèce comme son régime alimentaire, et (ii) de décrire ses effets sur les communautés de vers de terre, et indirectement, sur le fonctionnement du sol. Une approche multidisciplinaire a été utilisée, associant des tests de préférences alimentaires en microcosmes et un suivi quotidien de la dynamique d’une population d’O. nungara pendant 4 ans. Un suivi temporel des populations d’O. nungara et des communautés de vers de terre a également été effectué sur une dizaine de sites pendant 3 ans, associé à une méthodologie d’identification fine des vers de terre par barcoding moléculaire.L’étude expérimentale de la prédation a confirmé la plasticité alimentaire d’O. nungara, qui se nourrit de vers de terre, d'escargots et de limaces, mais aussi d’autres plathelminthes puisqu’il a prédaté Caenoplana variegata, une espèce introduite en France et originaire d'Australie. Ces expérimentations ont également montré qu’O. nungara peut vivre au moins jusqu'à 10 mois, survivre à une période de jeûne tout en subissant un rétrécissement, et produire des cocons même après plusieurs semaines d'isolement.Grâce à une collaboration avec un particulier qui relevait quotidiennement la présence d’O. nungara dans son jardin, une analyse approfondie de la dynamique de population a été réalisée, révélant des fluctuations importantes de son effectif. Celles-ci peuvent s’expliquer par des facteurs météorologiques, la croissance de la population étant favorisée par les hivers doux et les précipitations, tandis qu'elle est désavantagée par la sécheresse. Malgré un goulot d'étranglement démographique drastique et à un enlèvement systématique par le propriétaire, la population a persisté, soulignant l'importante résilience de cette espèce.Afin de décrire finement les communautés de vers de terre dans les sites envahis, une approche morpho-moléculaire basée sur le barcoding ADN a été utilisée. Dans un premier temps, j’ai d’abord confirmé l’intérêt d’ajouter les juvéniles à l’analyse des communautés afin de ne pas sous-estimer la biodiversité. Les changements de ces communautés au fil des saisons et des années ont ensuite été analysés en tenant compte des variables abiotiques des sites et de l’abondance d’O. nungara. Chaque site ayant des caractéristiques propres, l’analyse s’est avérée complexe, mais elle montre que l’ensemble de ces variables, et notamment l’abondance d’O. nungara, influencent les communautés de vers de terre au fil du temps.Ce travail de thèse a répondu aux objectifs en confirmant qu’O. nungara présente un ensemble de traits favorisant son potentiel envahissant et en démontrant son impact important sur la biodiversité du sol.
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Shanèze Noël (Fri,) studied this question.
Shanèze Noël
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