Les écosystèmes marins subissent des pressions croissantes dues à des activités humaines telles que la surpêche, l’agriculture, l’industrie et l’urbanisation côtière. Les rejets industriels, agricoles, les eaux usées et les déchets de pêche introduisent dans l’environnement marin des éléments traces, des polluants organiques persistants, des produits pharmaceutiques et des composés plastiques. Ces contaminants s’intègrent aux réseaux trophiques, s’accumulent dans les organismes et peuvent se biomagnifier, posant des risques pour la faune et la santé humaine via la consommation de produits de la mer. Prédateurs supérieurs, les oiseaux marins présentent souvent de fortes charges contaminantes, ce qui en fait d’importants bioindicateurs. Leur capacité à intégrer les polluants à grande échelle spatio-temporelle fournit des informations clés sur la pollution marine. Ce travail explore les causes et effets de la contamination chimique chez trois espèces d’oiseaux marins nichant sur les côtes ouest et sud du Portugal : le goéland leucophée (Larus michahellis), le goéland d’Audouin (Ichthyaetus audouinii) et le puffin cendré (Calonectris borealis). Leurs stratégies alimentaires distinctes en font des sentinelles pertinentes de la contamination locale. Premièrement, j’ai mesuré les concentrations de mercure (Hg) dans le sang d’adultes issus de cinq colonies, en lien avec le régime alimentaire (isotopes stables δ¹³C, δ¹⁵N, δ³⁴S), les déplacements (GPS), et des facteurs écologiques. Deuxièmement, 14 autres éléments traces ont été quantifiés pour décrire les schémas de contamination spatiale et leurs effets physiologiques via des marqueurs immuno-hématologiques. Troisièmement, une évaluation de référence a été menée sur les poussins de colonies urbaines et naturelles, en analysant les isotopes stables comme facteurs d’exposition au Hg. Enfin, un criblage non ciblé haute résolution a permis d’identifier les polluants émergents chez adultes et poussins, et d’évaluer l’effet de l’âge, de l’espèce et de la colonie. Les niveaux de Hg étaient plus élevés chez les adultes de colonies naturelles, avec 37% des individus à risque modéré de toxicité. À l’inverse, les goélands urbains présentaient des taux de plomb (Pb) jusqu’à 20 fois plus élevés, révélant un compromis entre exposition au Pb en ville et au Hg en nature. Les concentrations de Hg variaient selon l’espèce et le site, en lien avec les isotopes et les habitats exploités. Ces résultats soulignent l’importance de l’écologie alimentaire dans la bioaccumulation. Malgré des niveaux élevés de Hg (et de Pb chez les goélands urbains), peu de liens ont été observés avec les marqueurs physiologiques, appelant à des recherches complémentaires. Fait marquant, les poussins des colonies naturelles présentaient certains des taux de Hg les plus élevés jamais observés chez cette classe d’âge, alors que ceux des colonies urbaines affichaient des concentrations deux fois moindres. Le δ¹⁵N était corrélé positivement au Hg uniquement chez les poussins urbains, traduisant des schémas de biomagnification spécifiques à chaque colonie. Plus de 200 polluants émergents ont été détectés, incluant médicaments, pesticides, composés industriels et drogues illicites. Les produits pharmaceutiques étaient fréquents, mais les insecticides expliquaient le mieux les différences entre âges, étant plus abondants chez les poussins, toutes espèces et colonies confondues. Cela révèle une exposition précoce préoccupante. Ce travail propose un cadre pour comprendre la dynamique des contaminants selon l’espèce et le site, et souligne les liens entre écologie alimentaire, exposition chimique et effets sanitaires. Il met en avant l’importance d’un suivi écotoxicologique, en particulier chez les jeunes et les espèces à risque.
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Ivo dos Santos
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Ivo dos Santos (Wed,) studied this question.