Que nous dit d'une culture son rapport au rêve et à l'éveil? Dans une approche transdisciplinaire (architecture, philosophie), ce travail interroge un changement de paradigme qui bouleverse notre rapport à l'acte de passer. En 1929, Walter Benjamin rêve d'une flânerie sur la rive gauche de la Seine, d'où il aperçoit, en lieu et place de Notre-Dame, un “objet complètement déformé, méconnaissable". L'image devient le refuge sans image de toutes les images. Le concept de Bildraum se dégage: il ne s'agit pas du passage du sommeil à l'éveil, mais du rêve éveillé comme lieu même du passage, de l' espace d'images comme convertisseur permettant d'habiter ce passage, de faire basculer l'espace personnel dans l'espace de la ville, le corps du rêveur dans le corps social, le temps révolu dans un temps à venir. Le Bildraum est performatif: en proie à la souvenance , le passeur accède à l'effort technique des générations. Médiation, réservoir d'images en mutation, le gothique offre une scène à ces conversions. En 2019, Notre-Dame brûle. Les débats qui s'ensuivent révèlent l'échec d'une certaine expérience du passage, tandis qu'une vision post-humaine du rapport au temps se profile. Je propose premièrement d'explorer la nature du Bildraum comme opérateur de conversion faisant passer l'utopie dans les plis d'un ici et maintenant qui actualise ses puissances. Ensuite, à travers l'analyse des retombées de l'incendie et des réponses apportées par les acteurs concernés, j'interrogerai ce qui semble devenir une manière post-humaine d'habiter le passage.
Jordana Maisian (2025) studied this question.